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16 novembre 2015

Avec gravité et tristesse, Robert le Diable, s'associe au deuil national ce soir.
La poésie, la littérature, les arts et la musique contribuent à faire rempart contre les fanatismes, les violences, les idéologies
aux méthodes barbares.
IL faut impérativement tenter de vivre continuer pour ce qui nous concerne d'écrire pour inventer à chaque fois un monde possible malgré tout.

Avec Luana Mayereau nous disons alors:


16 mars 2014

brève de bd 1,

Oh ! les filles ! de Sophie Michel (scénario), Emmanuel Lepage (dessin) (intégrale des 2 volumes, Futuropolis, 2013)


Ici, un strip en bas d'une page (figure 1), une halte dans cette histoire de trois enfants, adolescentes, adultes…, merveilleusement (comme à son accoutumée) dessinée par Emmanuel Lepage, l'auteur de La terre sans mal (scénario de Anne Sibran) ou de Muchacho (dessin et scénario) dans la collection Aire libre, chez Dupuis.

J'ai d'abord "lu" ce strip (figure 2) avant l'ouvrage-même, et admiré ce strip seul encore;  il est moment qu'on peut (comme je propose de faire dans  d'autres "brèves de bd") isoler  :  lui-même et son propre récit  : et de l'écriture et de la lecture de bande dessinée.

Toute lecture (non seulement "vue") de l'image de bd se fait (comme ailleurs, dans la lecture courante) de gauche à droite;   ici, dans la succession brève, immobile de trois cases, est représentée cette autre lecture, toujours de gauche à droite, des deux héros  : 

à l'ambiance de calme, de ce bleu qui est tout le décor de la scène, et de l'attitude  d'immobilité de ces personnages en lecteurs, s'ajoute la lenteur même (en trois phases pareilles, glissées de l'une à l'autre) de la progression de leur lecture;  dans cette immobile mise en abyme de la nôtre, de ce côté-ci du miroir (de l'écriture);  dans la discrétion (l'invisible langage) de la représentation;  enfin dans cette lecture qu'ils font eux-mêmes et de gauche à droite  :
         c'est alors à contre-courant de notre lecture de gauche à droite, et l'immobilisant, la calmant encore  : (re)dessinés de case en case plus et plus à notre droite ils tournent la tête de notre droite à notre gauche (leur droite, et naturellement);  sensiblement, donc, notre lecture est par la leur arrêtée, le temps de trois dernières cases d'avant la planche suivante.
Ici, c'est lire purement une phrase de bd, un récit entre ces "virgules" des cadres des cases, quand même sans paroles, dans le  scénario invisible, la disposition en regard des personnages et lecteurs.

Les cases bd sont par essence successives, et immobiles dans leur succession;  la beauté immédiate de cette "parole", et comme invisible, est installée dans l'ellipse de toute parole  -  sauf écrite, invisiblement, scénarisée, mise en lecture d'image (l'image parle en images l'image).

    J'acques Estager



16 février 2013

Fissures et traits



Edgar Pierre Jacobs, auteur de la série des Blake et Mortimer, me plonge (au long de son oeuvre), comme dans un nouveau ventre maternel, dans le creux de ses lieux dessinés, aériens dans souterrains ;  immensités des espaces de l'Atlantide (pas de ciel, mais l'immensité seule, dans l'infini de l'imaginaire) ; 
couloirs où le héros dans un Paris, une « cité interdite » enfouis (Le piège diabolique) se perd, sans jour, chambre d'Horus au coeur de la pyramide de Khéops (Le mystère de la Grande Pyramide) …,  où la pierre est fissures et traits :  ouvertures à l'espace non dessiné tout autour de l'espace dessiné ; 
les souterrains (déjà dans son premier grand livre, Le secret de l'Espadon), dans l'errance et l'aventure, forment à mes yeux (à mes yeux renouvelés, à mes yeux de retour aux creux symboliques et imaginaires) l'une des plus pures mais profondes expressions du concret par l'abstrait, lignes pures des angles des roches, lignes-mêmes, voyage renouvelé dans l'image


les immensités dans Jacobs sont doubles immensités, je dirais en premier lieu dans L'énigme de l'Atlantide : là immensité du continent souterrain, visible et entraînant dans le regard l'invisible ;
les traits multipliés, abstraits, sitôt ouvrent des espaces dans l'espace du regard, et, comme les mots suggèrent images, sentiments, etc., eux visibles déjà suggèrent l'invisible espace mental et pierreux (chez Jacobs) ; 
ces traits (qu'on retrouve dans un autre univers chez Yves Chaland, image 6) sont pleins, noirs, sans forme dessinée que... la suggestion du plein sans espace de la pierre ;  par de telles fissures littéralement qui m'enchantent, mon regard glisse sur elles et entre :  dans elles, dans la pierre, dans le décor tout entier, souterrain encore, toujours pour moi matriciel encore, plutôt :  universel ;  plein et creux, visible et respirable ; 
et pas de ciel dans L'énigme de l'Atlantide (prochainement vous proposer le récit de mon aventure première de lecture de ce livre, profondeur où je vis depuis)

j'

image 1 :  Le Mystère de la Grande Pyramide
images 2 et 3 :  Le piège diabolique
images 4 et 5 :  L'Enigme de l'Atlantide





image 6 :  La Comète de Carthage (Yves Chaland)

4 juillet 2011

Le roman de Renart: Le puits de Jean-Marc Mathis ( scénario) et Thierry Martin ( dessin),chez Delcourt Jeunesse, 2008 (9,4O euros)






L’une de trois merveilles parues à ce jour de ces deux auteurs, l’un étant l’autre dans le nouveau blanc d’autour de leur bande enfin dessinée, puisque le texte estt l’image et l’image le texte, le même lieu, les même sobriété, la même élégance, même clarté; le même lieu est des vignettes sans bord que leur étendue, une phrase et un dessin, de sorte aussi que partout dans les pages le blanc qui sort du dessin le dessin le touche, le longe, et le blanc en bien des endroits, on dirait partout, entre dans l’image et se mêle au dessin (par exemple quand le blanc - blanc ou crème - dessine les lumières), et au blanc des bulles et du texte, et le trait d’autour des vignettes c’est les contours des personnages (et autres arbres) [après l’image 1 de couverture, l’image 2 de page 21].
Puisque je veux toucher brièvement l’ouvrage, j’ai choisi, découvert, l’exemple de 2 vignettes de cette page 21 [images 3 et 4] : dialogue entre l’oiseau Drouineau et le chien, 2 vignettes intercalées en hauteur, images ainsi arrêtées, s’ouvrant aussi à tout le blanc, qui est du discours : dans l’image 3 la case est dans son blanc et le blanc autour et à gauche, à droite l’oiseau s’envole et le ciel est dessiné pour le recevoir; puis dans cette lecture gauche et droite on continue de longer la vignette perpendiculaire, le lieu de la planche; donc peu après, après une nouvelle scène d’intérieur, le retour de l’oiseau s’interrompt soudain, mais longuement, dans le blanc (chien et blanc et paroles mêlées “familièrement”, leur noir, au noir des coutours, et dans l’arrêtée du blanc de la vignette, vignette et planche, un arrêt du récit.
J’ E

23 avril 2011

Amitié étroite, de Bastien Vivès, chez KSTR, 2009, 16 euros








Bastien Vivès, toujours et de nouveau et de la plus belle façon, explore la matière du dessin de bande dessinée, invention graphique et pourtant sobriété et en somme maturité, construit ses récits pour leurs dialogues, amicaux, amoureux, pour le dessin de ses personnages, ainsi Dans mes yeux (même année, même éditeur, même prix) situe le narrateur lui-même (pourtant qu’on ne voit jamais puisqu’en somme i dessine) devant une jeune femme, ils se parlent, se répondent : on voit elle ; Amitié étroite (la couverture, image 1, déjà mêle les deux mots) est le de deux amis, elle et lui, qui ont des aventures amoureuses chacune et chacun, dont ils se parlent ; mais, leur amitié est leur amour, il arrive qu’ils font leur amour, dans des pages de vraie beauté érotique, puis continuent (de la dernière page) leurs vies sentimentales séparées, pourtant ce n’est pas sûr.

L’image 2 dit leur amitié, « ça va aller ? », et dessine leur sentiment ondeurs sans traits, courbes qui elles aussi se regardent, sont eux.


Image 3 : « je suis super heureuse pour toi » (dans l’amitié je ne peux pas te dire si, aussi, je suis jalouse). Les 4e et 5e images sont les lignes, les courbes, les couleurs, le sourire de leur étreinte (image 5, ce merveilleux sourire, merveilleuse brève ligne de blancheur qui entre dans le blanc de la page, mais il n’y a plus le blanc de la page d’avant le récit, cette ligne blanche est un silence dans le silence du dessin.)







J’acques Estager




3 avril 2011

La rumeur, de Philippe Renaut, scénariste, et David Barou au dessin ; La boîte à bulles, 2008, 12 euros 80









Là, vêtu de noir, chapeau haut de forme, quelqu’un marche seul une route, puis une rue (image 1) ; sans un mot tout le long du récit, jusqu’à la falaise (image 4) ; la bande dessinée suit le cheminement du personnage principal (et seul), dans le continu du décor et des paroles et paroles et paroles, tout au long des pages à l’italienne, le personnage y étant redessiné un peu plus loin et encore ; d’autres au fur et à mesure se joignent à lui, ou le quittent, tout le monde est redessiné dans le même décor : et d’où vient-il, où va-t-il ? ;

lui ne parle à personne et ne voit personne, il n’est qu’un dessin ; mais autour de lui, tout le monde s’en inquiète, l’apostrophe, et l’imagine, est dessiné et se déplace au haut et au bas dans la suite de l’image les gens et leurs lieux : sans cesse le groupe s’agrandit des gens qui suivent l’homme providentiel, le politicien haï (image 2); tout le monde parle sauf lui, sauf le décor, et un vide grandissant des paroles, de la parole (« la situation est si grave que çà », images 3) ;
enfin, au devant de la foule, celui qui n’a rien dit mais qu’on croyait écouter saute du haut de la falaise. Le dessin suit un seul et même plan, mais avec des mouvements presque imperceptibles, et immobiles, de la « caméra »; dans un même décor, le film d’une « longue marche », le récit place sa suite de cases invisibles, disant et illustrant (et dans le format à l’italienne) la même on dirait monotone même scène ; mais il y a les invisibles cases, les scènes au haut et au bas du dessin, cases annexes, où on peut venir et lire, s’installer, d’où revenir dans la suite ininterrompue et interrompue de la bande : les immobilités de la bd (ici une même case, suite de cases, suite de cases annexes…), nos allées et retours de lecture, sont le mouvement, l’image et le mouvement, le dessin dans les bulles et le silence et le dessin des paroles.
Après le blanc d’avant le récit, après le blanc et le noir des bulles, le noir sous la falaise, (disparition du personnage noir, inconnu, dans le noir) (images 4 )
J’acques Estager

31 janvier 2011

Jean-Paul Krassinsky est l'auteur de Le singe qui aimait les fleurs, c'est inoui. Cette bande dessinée a été éditée en 2007 par Dargaud, collection



Jean-Paul Krassinsky est l'auteur de Le singe qui aimait les fleurs, c'est inoui. Cette bande dessinée a été éditée en 2007 par Dargaud, collection « Poisson Pilote »




Depuis, il a composé entre autres Les fables de la poubelle (même lieu). Monde cruel, sordide, humain; yeux humains, y compris des insectes; cependant, le début et la fin du récit sont sous le signe de la légèreté (sûrement la grâce, la finesse du trait lui-même du dessin de Krassinsky) : première page avec la grande case, la longue case de paysage : paysage et papillon, courbe du chemin et courbe fine du vol du papillon... (image 1); dernière page : dessin allégé, camaïeu de jaune, papillon jaune dans le blanc d'après le récit (image 2).




Image 3 : monde cruel; petites tragédies de la nature. La placidité de l'animal dévorant un insecte, conscience tranquille des gros qui mangent les petits, et qui ne pensent pas qu'à leur tour, qui sait, ce monde tranquille de la nature et de la mort va les dévorer, sans penser à mal; ou en pensant à mal, comme dans l'humanité.


J'acques Estager

21 janvier 2011

Une bande dessinée:Blood Song: une ballade silencieuse par Erik Drooker, éditions Tanibis, 2010






un voyage dessiné dans une suite de cases, chacune une planche, chacune une image comme un tableau; sans texte, et pour fil conducteur le silence des cadres tous pareils d'images dont la beauté nous arrête, et qui nous disent de regarder plus loin dedans et plus avant; le récit commence et finit par le dessin d'une galaxie, s'achève après la balade solitaire de l'humaine et de l'animal, à New York, dans la violence, et l'amour pendant la violence : univers noir et bleu, et dans la ville-violence des jaillissement de couleurs, et c'est pendant le silence de l'univers.
Image 1 : suite de deux cases, comme une seule, comme déjà, à droite, les suivantes.
L'image 2 est un bel exemple d'arrêt sur suite d'images : le voyage à gauche s'arrête un moment, case du chien qui regarde l'eau, l'avant, et repart avec la fille (et tous deux repartiront) à droite et vers la droite.
Image 3 : le tumulte et le trouble envahissent d'en bas, comme pour effacer les personnages, les 2 images comme une seule

; mais au haut le chanteur lance un cri en couleurs déjà le dessin en rondeur, de l'enfant ou de la galaxie. Plus tard l'enfant né de la rencontre, image 4, lance le chant coloré bien au-delà du cadre rigide; à gauche, la mère et l'enfant étaient sans « case », dans seulemen
t une lumière, puis le récit a repris mais dans un cri... universel.
J'acques Estager

14 octobre 2010

Michel Galvin, Fin de chaîne, Sarbacane éditeur



















Michel Galvin, Fin de chaîne, Sarbacane éditeur
la page de titre dit déjà tout du récit; dans le dessin : personnages schématiques (oiseaux, filiformes et tous les mêmes), décor blanc (ou de rochers derrière lesquels et en chaîne les oiseaux (ou humains ?) sont assassinés ; dans les dialogues aux multiples variantes du dialogue de la page de titre (voir image) :
personne ne sait qui est l'autre et qui il est; tout le monde est d'accord pour se payer de mots et des mots de ceux qui s'improvisent discoureurs politiques pour autruches; après le creux des paroles, le récit s'adresse enfin à une instance supérieure, le « compagnon céleste », qui, parti dans le « blanc » d’après le récit, laisse à un survivant un souvenir scatologique.

J'E.

11 octobre 2010

Brigitte Luciani, dessin de Colonel Moutarde," L'espace d'un soir", Delcourt éditeur




L’espace d’un soir est l’espace des 4 niveaux d’un immeubles, pendant une « soirée ». Chaque étage a sa « bande », son niveau dans 4 niveaux des planches, d’un bout à l’autre du récit. Une bande dessinée est une suite de cases, de mouvements immobiles : la disposition des cases et dans les cases crée le mouvement ; les espaces de L’espace d’un soir, qui se confondent en dessin aux espaces de l’immeuble, permettent le mouvement dans le mouvement (passages de personnages et du lecteur entre les étages, entre les scènes. La première planche (voir image) installe l’escalier, à gauche du récit, l’escalier est partie du blanc de la bd.
Le mouvement immobile des cases est aussi le mouvement dans les cases, comme (voir image) dans ce « strip » des enfants couchés :
1ère case : le garçon à gauche, 2e case : la fille à droite, 3e case : inversion, fille à gauche, garçon à droite : 2 premières cases de l’un sans l’autre : la 3e réunit les deux personnages , et l’inversion des personnages est mouvement d’installation dans le sommeil.

J'acques Estager

21 septembre 2010

Des suites de cases ou bandes dessinées
















Patrick McDonnell, Mon maître, ce héros, Les Humanoïdes associés éditeur
plusieurs ouvrages de l'auteur américain Patrick MacDonnell prennent pour principaux personnages un chien et un chat amis, Earl et Mooch, dont 'Mon maître, ce héros'; ce sont des suites de strips (une ou deux « lignes » de cases, au maximum une planche), en noir et blanc ou en couleurs : toujours cette ligne claire des auteurs américains de strips, de Charles M. Schulz (Snoopy...) à Bill Watterson (Calvin et Hobbes) ou Patrick Mcdonnell; sobriété du dessin, c'est à dire la plus grande signification, traits et gestes, dans le dessin le plus simple; aussi sobriété dans les récits puisqu'ils sont courts et que tout dans la disposition des cases et dans les cases fait immédiatement sens et, comme dans l' image, où le récit est « clairement » en miroir, les cases, immobiles et remplacées les unes par les autres, sont plus que jamais sujettes à « arrêt sur images », arrêt de la lecture, retour aux phrases, approfondissement du sens.

Earl est triste, son premier et d'ailleurs seul et maternel secours c'est son maître; tout le récit - de Earl couché à Earl couchée - est dans la symétrie absolue des cases, autour de leur centre, leur immobilité : entre auteur, bande dessinée et lecteur, il y a toujours, et remarquablement ici, mouvement qui est immobilité, suite de cases immobiles, suites et arrêts de la lecture; dans cette suite : première et peu après et tout de suite (de par la relecture aussitôt) dernière cases sans bord, venue du blanc d'avant le récit, entrée du récit; sortie dans le blanc d'après le récit (à la relecture, le blanc de la fin déborde sur le blanc du début, autour de l'immobile et circulaire suite des cases pourvues de leurs cadres; le noir de la bulle de la première case disparaît du blanc; on peut aller plus loin, comme revenir au noir de « m'man » qui déjà, maintenant est dans le blanc d'après; voilà deux blancs, ou encore : le blanc court sous les cases de la première à la dernière; dans le dessin, les traits du dessin des personnages les changements font sens : le dos rond de Earl de la troisième image devient le dos creux avec tête haute de la troisième image à partir de la fin; au milieu, les deux moments de la « scène capitale » du récit; les « deuxièmes » images ont et vont accentuer les expressions de peine et de bonheur : dessin de la tête de Earl, l'arrondi de son spleen, puis ses oreilles dressées, et le même regard (deux ronds) transformé par les oreilles redressées; mais encore, voilà deux instantanés, isolés encore par la couleur du fond, comme de portraits, qui se répondent, cases qui se répondent, de loin, et de près, l'une à l'autre.

Jacques Estager