28 décembre 2011

"Pas la peine de crier", Ma mor est morte


Paul de BRANCION sera sur France Culture

l’invité de Marie Richeux dans l’émission

Pas la peine de crier

A propos de Ma mor est morte, Ed. B Doucey

Le Jeudi 5 Janvier de 16h à 17h

(intervention de 16h20 à 16h55)

26 novembre 2011

proézie samedi matin

matin chassé
des ombres
dans tous les obstacles
dressés par la nuit
se retrouver
vivant désuni du corps

de quels sujets furent les rêves
en quelles langues dorées des abîmes

ainsi déposé sur la grève
d'une samedi brouillard
il faut
rassembler les morceaux épars

poser les deux pieds sur le sol
fixe et
marcher

p de b

3 novembre 2011

LIMONOV, Emmanuel Carrère, P.O.L., 2011, 2O Euros

Donc les principaux prix littéraires de cette année seront attribués à des ouvrages de méta-littérature ce qui ne leur enlève rien.

Limonov, que je viens d’achever, est un livre admirable qui me laisse néanmoins perplexe et mal à l’aise. L’auteur sait y faire , nous le suivons sans rechigner, à la suite de son « mini Poutine », Edouard Veniaminovitch Savenko, alias Limonov

Fondateur des « nasbo » nationalistes bolcheviques, poète, undergrround branché, à Kharkov, Moscou, New York, Paris, amant ploymorphe tirant mult coups , aventurier faisant le coup de feu en serbie, indifférent, violent, généreux , compatissant, inflexible, intelligent prisonnier politique du FSB, star.

Emmanuel Carrère nous emmène à travers le destin tragi -comique d’un homme complexe. Cette conception aventureuse du monde me semble quant à moi étrange sinon étrangère. On est « en apparence », c’est ce qui fait le caractère journalistique du propos au fond désabusé. Avons nous besoin de tout ce tintouin. ? A vrai dire, il me semble que cet ouvrage remarquable à tout point de vue nous fait perdre du temps. Du temps essentiel.

Et l’un de ses plus grand mérite est justement de nous faire toucher du doigt l’inanité de

ces romanesques inutilités.

Sur ce point d’ailleurs, le héros du livre ,toujours vivant, serait sans nul doute en accord avec moi.

Cela dit c’est une très honorable façon de se distraire que de lire cette chronique aventureuse fort instructive sur la Russie Eltsinienne et Poutinienne et qui tord le cou à bien des poncifs dont les médias nous ont gavés depuis quelques dizaines d’années.

P de B

26 octobre 2011

poeme 26 octobre

Après les années passent

les parents vieillissent

s'invalident

de toutes les révélations manquées

le Père veut conduire la voiture

il ne peut plus

il ne sait plus

à cause de son nerf optique défaillant

il n'a pensé la vie

que jusqu'à cent vingt ans

et l'usure a fait son nid bien plus tôt

pessimiste

il est bigleux

il se laisse conduire par elle

l'ogresse

et lui il est ailleurs

il vit sa vie

seul

accablé de cette règle tacite

elle a toujours raison

il n'a que le droit de se taire

il reste sur ses gardes

lui l’oxymore

se sait condamné

alors il fait profil bas

pour que la question ne soit jamais posée

il a survécu à son enfance

il en est fier

car après cela la vie lui a semblé à chaque instant

une merveille improbable

comme ces fleurs que l'on trouve soudain

au milieu d'un terrain vague

couvert de détritus coupants

P de B

21 octobre 2011

proézie 21 octobre

on s'enthousiasme un moment pour la politique
un visage s'humanise
on se prend à rêver
achever l'humiliation à laquelle on est soumis chaque jour

un homme ou une femme semble ouvrir l'espoir

cette façon que l'on a de nous faire patienter
avec des machines
de nous surveiller de nous enregistrer froidement
sera renvoyée
remise à sa place

on va cesser de marcher sur la tête
emprunts finances folie
énergie ogm

une seule remarque
fait retomber au sol
"le parti ... ne se laissera pas dicter..."
qui parle de dicter

espérons que les illusions de partage, d'ouverture sont encore possibles
que tout ne soit pas comptable

calcul plus ou moins profitable


20 octobre 2011

proézie 20 octobre

Un enfant naît
un dictateur meurt
à la sortie d'un collecteur
d'égoût

pistolet d'or
tâché de sang
affaires de familles

on s'en sort pas
si facilement

19 octobre 2011

poème 1

Pas le temps d'exister chaque jour
s'astreindre à quelques mots
sur le papillon de la nuit
peuplé des couleurs de la vie

Mein Kampf tombera dans le domaine public
en 2015
on s'interroge sur l'opportunité d'en publier
une édition scientifique et critique
avec écrit dessus "fumer tue"


P de B


8 octobre 2011

Leo Stein écrit

"Picasso était très humain, sachant mesurer à leur exacte valeur les qualités de ses semblables. Il était comblé de dons d'expression infinis. A l'instar d'un Rembrandt ou d'un Goya il serait parvenu à la maturité de ses capacités en développant ses facultés naturelles. Au lieu de cela, déficiences du caractère et inopportunités de circonstances l'ont amené à chercher à se réaliser par la construction de formes pures, ce pour quoi son talent n'était que médiocre. L'accomplissement de soi ne peut se réaliser par la dérobade. Picasso a refusé le travail qu'il aurait dû véritablement accomplir, le considérant comme peu digne de lui. Le résultat, d'est une vaste étendue désertique, pleine de sottises et de gaspillage"

21 septembre 2011

LECTURE POÉTIQUE NOMADE AU CIMETIÈRE MONTPARNASSE


Le WORLD POETRY MOVEMENT (WPM) et Paul de BRANCION
vous invitent à une lecture poétique au cimetière Montparnasse
Le samedi 24 Septembre 2011 à 15h
Rendez-vous devant la tombe de Baudelaire
( division no. 6 emplacement no.7 - 2 ème allée à droite après l'entrée principale.)

Le WPM a été créé cette année au 21ème Festival de Poésie de Medellin. Il a pour objectif de rassembler les poètes du monde entier afin de renforcer leur voix collective et propose ce jour-là une action poétique dans 350 cités du monde

Avec la participation de :

Claudine Bohi – Paul de Brancion - Louis-Philippe Dalembert – Sylvie Durbec – Jacques Estager Jacques Fournier – Michaël Glück – Salah Al Hamdani - Armelle Leclerc

Au violoncelle : David Louwerse

Merci de faire circuler l'information !

Avec le soutien des Éditions Lanskine, de la Revue Sarrazine,

de la Mairie du 14ème arrondissement et de l'Association APLE14

4 septembre 2011

Terre, Thierry Metz (extraits)

C'est parfois comme si j'avais
perdu la parole

une parole qui me met hors de moi
je retourne dans mes pas

mais il y a plus que l'aile
et l'arbre
le lièvre.
Ce n'est plus qu'un courant qui
me passe dans la voix

Je me retourne
pour apercevoir les oiseaux
mais le ciel n'est pas là




Thierry Metz

30 août 2011

Caeiro.Pessoa in"poèmes désassemblés"

L'EFFARANTE RÉALITÉ DES CHOSES
EST MA DÉCOUVERTE DE TOUS LES JOURS
CHAQUE CHOSE EST CE QU'ELLE EST,
ET IL EST DIFFICILE D'EXPLIQUER COMBIEN CELA ME RÉJOUIT
ET COMBIEN CELA ME SUFFIT

IL SUFFIT D'EXISTER POUR ÊTRE COMPLET

10 août 2011

KANT ET LA PETITE ROBE ROUGE de LAMIA BERRADA-BERCA, aux Editions La Cheminante, 101 pages, 6 €


Texte intimiste, Kant et la petite robe rouge parle d’une jeune femme

musulmane qui vit dans la banlieue parisienne. Vie réglée, mariage arrangé, de

noir vêtue des pieds à la tête, elle sort uniquement pour faire ses courses et

chercher sa petite fille à l’école.

Un jour, elle voit dans une vitrine une robe rouge magnifique et elle en éprouve alors du désir. Rien n’est plus futile, rien ne semble pour elle plus condamnable que ce désir et pourtant cette robe va lui permettre peu à peu de réfléchir à ce qu’est sa vie.

Elle regarde son mari et pour la première fois elle le voit. Elle lui prépare son déjeuner, son dîner, se couche près de lui. Lui, ne lui parle pas, ne le regarde pas. Et s’il l’honore régulièrement, il ne se préoccupe ni de ses sentiments, encore moins de ses aspirations. Elle se souvient alors du geste de sa grand-mère au moment de son mariage, caresse furtive sur sa joue, pleine de douceur et de tristesse, geste d’une vieille femme qui sait que sa jeune petite fille, par cette cérémonie, dit adieu à la vie.

Ce désir de robe devient fissure, blessure cuisante. Elle va souvent voir la robe rouge interdite et puis la montre à sa fille. Pour elle commence ainsi une interrogation sur sa relation à son enfant, sur l’exemple de soumission qu’elle lui donne, image d’une féminité « pécheresse » qu’elle refuse tout au fond.

Finesse de l’écriture, délicatesse des sentiments de cette femme qui se parle.

Elle dit que l’acte de mariage ressemble à un interrogatoire très neutre, qu’elle a perdu son corps, et donc son chemin c’est d’essayer d’aller vers cette robe à laquelle tant d’interdits font obstacle.

Un jour, elle voit un jeune garçon déposer un livre devant la porte de son voisin. Le livre reste là plusieurs jours alors elle se dit qu’il est là pour elle et le prend. Ne sachant pas lire, elle demande à sa fille de le lui déchiffrer à haute voix. Il s’agit d’un ouvrage d’Emmanuel Kant. Elles vont chercher un dictionnaire, et traduisent comme dans une langue étrangère le texte de Kant sur les lumières et sur la liberté. Beaux moments entre la mère et la fille, secrets partagés.

Le philosophe écrit : « Aie le courage de te servir de ton propre entendement. » et les aidera à prendre leur destin en main.

Plus tard elle remettra le livre à sa place « elle n’en a plus besoin, il a joué son rôle ».

Elle finit par acheter la robe et la porter.

« Une robe est une forme d’idée.

Une vision du monde.

Un grand désir d’être.

Une façon d’exprimer sa liberté à même le corps : voilà ce que cette robe, au tissu si différent du gros drap grossier de tergal qui l’enveloppe habituellement, incarne aux yeux de la jeune femme.

Mais encore faut-il la porter… la liberté ne se range pas au placard, elle s’affiche. »

Beau livre à l’écriture sensible et fine.

Publié par un nouvel éditeur : La Cheminante, 9-11 rue Errepira 64500 Ciboure

(tel/fax : 05 59 47 63 06)

dont les couvertures s’ornent de photos magnifiques.

P de B

23 juillet 2011

Voyage au pays des Ze-Ka de Julius Margolin aux éditions Le Bruit du Temps 29 € 784 pages




« Le docteur Julius Margolin, journaliste indépendant, père de famille, citoyen polonais résidant en Palestine de façon permanente, un homme en bonne santé qui n'a rien à voir avec l'Union Soviétique et n'a commis aucun délit contre ce pays, est retenu par l'Armée Rouge sur le territoire polonais, au moment où il s'apprête à regagner Tel Aviv. Son passeport, son visa sont en règle. Après avoir vérifié son identité et constaté qu'il n'est ni espion, ni voleur, ni assassin, on aurait dû le laisser repartir chez lui. Ce livre n'aurait alors pas été écrit et le docteur Julius Margolin aurait conservé jusqu'à la fin de ses jours l'agréable conviction que l'Union Soviétique est un état d'avant-garde de la Démocratie révolutionnaire. Que se passe-t-il, finalement ? Le docteur Margolin est retenu pendant neuf mois, puis arrêté et accusé absurdement d'avoir enfreint le régime des passeports, comme si la détention d'un passeport polonais par un citoyen polonais pouvait être une violation de la loi soviétique ; il est ensuite envoyé dans un camp de redressement par le travail pour une durée de cinq ans. Ceux qui le connaissent perdent sa trace. Deux ans plus tard, il n'est plus qu'un invalide, une créature pitoyable éternellement affamée que ses proches n'auraient pas reconnue. Il est clair que dans les premiers temps, le docteur Margolin est bouleversé, choqué par un tel traitement. Il l'attribuait à une erreur ou un à un échec personnel. Or il constate avec horreur que des masses de gens, soviétiques et autres, se trouvent dans la même situation. Il fait une découverte extraordinaire, à couper le souffle : il ne s'agit pas d'une erreur mais d'un système, d'une forme de gouvernement, et ce dans un État dont le territoire occupe 1/6ème du globe terrestre. Les camps sont une nécessité historique, conséquence inévitable d'un système où le travail est obligatoire".

De ces cinq ans de goulag, Julius Margolin (1900 – 1971) sortira miraculeusement vivant, et Voyage au Pays des Ze-Ka a avant tout été « écrit pour la défense des millions d'êtres enterrés vivants". Ce texte est un constat froid, objectif, documenté, brillant, décrivant la machine inexorable qui a tenu en esclavage des millions d'hommes et de femmes qui n'avaient rien fait pour mériter ce sort et qui sont devenus par la volonté soviétique "absents au monde". Il décrit une organisation systématique mise en place pour asservir, nier et tuer des hommes et des femmes. Les Ze-Ka sont des esclaves, astreints à travailler sans manger à leur faim, et retenus sans espoir de sortir jamais, dans des conditions effroyables et absurdes "ils sont enterrés là, et jamais ne reviendront dans le cercle des vivants".

Des millions d'hommes déplacés, travaillent au-delà de leurs capacités physiques dans le milieu hostile de la Sibérie. De leur travail découle la quantité de la nourrture qu’ils pourront manger : « dans la cuisine, il y avait quatre marmites contenant chacune une nourriture différente. La première, la marmite disciplinaire, était pour ceux qui n'avaient pas accompli leur norme. Ceux qui n'effectuaient pas 100 % de la norme recevaient 500 grammes de pain et, matin et soir une soupe claire disciplinaire. La deuxième était pour ceux qui avaient accompli leur norme : 700 grammes de pain, une soupe le matin et, le soir, soupe et kacha. Ces données datent de 1940, avant l'entrée en guerre de l'Union Soviétique. Après, cela fut pire encore. La troisième marmite, dite "marmite de choc", était réservée aux Ze-Ka qui avaient accompli 125 % de la norme. Ceux qui atteignaient 150 % et plus avaient le droit à la quatrième, à la marmite "stakhanoviste". Les stakhanovistes étaient nourris on ne peut mieux : 900 et parfois même 1000 grammes de pain par jour, deux plats le matin et quatre le soir : soupe, kacha à l'huile, pâtes gratinées ou pois cassés, un petit pain blanc et une boulette de viande. Sous le nom de boulette ou de goulasch, on servait de la viande de cheval pas très fraîche. Le pain noir était la base de la nourriture pour les quatre catégories. Le règlement prévoyait la distribution de matière grasse et de sucre, mais en réalité, on n'en recevait pas ou à peine. La deuxième catégorie avait parfois un peu de poisson salé : un petit morceau de morue, de vobla, de saumon ou même d'une chair que nous ne connaissions pas jusqu'alors : le dauphin. Seules la troisième et la quatrième marmite donnaient en 1940 la possibilité de manger suffisamment. Avec la première ou la deuxième, on était condamné à mourir de faim tôt ou tard".

Seuls les forts pouvaient espérer survivre et Julius Margolin n’était pas fort. Il lui fallut d'abord apprendre à devenir bûcheron et comme il n’était pas très doué, il était systématiquement insuffisamment nourri. De plus, il lui faut craindre les autres prisonniers, les plus jeunes, les plus costauds qui volent le peu qu’on peut avoir. Car la déshumanisation des prisonniers ne se fait pas uniquement par l'exploitation et la faim et, mais aussi par la dépersonnalisation. Personne ne soutient personne, personne n'apprend le respect de l'homme, et les jeunes détenus qui arrivent comprennent très vite que c'est en volant et en attaquant les plus faibles qu'ils arriveront à survivre.

Margolin lui arrivera à s’en tirer car il emploiera les armes de l’intellectuel qu’il est. Il raconte qu’une nuit qu'il était sur son bat-flanc, il se fit voler ses habits, sa nourriture, par un Ze-Ka beaucoup plus fort que lui. D’abord désespéré, il se rend compte que la seule arme dont il dispose est l'écriture. Il menace le détenu d'aller le dénoncer s'il continue. Le détenu continue, alors il écrit une lettre, un plaidoyer extrêmement bien formulé qu'il apporte au chef du camp. Et comme dans le système soviétique, hiérarchisé jusqu’à l’absurde, tout problème doit être transmis à l'autorité supérieure, le chef du camp est dans l’obligation de transmettre toute plainte à son supérieur hiérarchique, à moins qu'il n'ait résolu le problème. Et comme il craint de se retrouver Ze-Ka lui-même si ses supérieurs pensent qu’il ne fait pas bien son travail, il réussit à empêcher que Julius Margolin soit dorénavant volé.
Dans ce monde absurde et violent, la culture n’est pas absente mais c’est une culture pensée comme « hygiène ». Elle est surveillée et organisée par la KVTCH qui serine sans cesse des mots d'ordre obsédants : éditoriaux de la Pravda, musiques de Tchaïkovski, Tue l'Allemand, poème de Constantin Simonov ou Tue, article d'Ilya Ehrenbourg :

« Les Allemands ne sont pas des êtres humains. Si tu n’as pas tué un Allemand par jour, ta journée est perdue… Si tu ne tues pas l’Allemand, c’est lui qui te tuera…Si tu ne peux pas tuer un Allemand avec une balle, tue le à la baïonnette…Si tu as tué une allemand, tue-s-en une autre – à l’heure actuelle, il n’est rien de plus réconfortant pour nous autres que de voir des cadavres allemands. Ne compte pas les jours, ne compte pas les kilomètres, compte une seule chose : les Allemands que tu auras tués. Tue l’Allemand ! C’est ce que réclame ta terre natale. Frappe juste. »

Ce livre est aigu, presque incisif. Il s'agit de descriptions sèches d'un état terrifiant, sèches non pas parce que le cœur y manque, mais parce que la logique implacable du camp et son absurdité sont ressenties à chaque instant et traitées comme un objet de logique insupportablement effroyable. "Dans les camps allemands, on tuait la fille sous les yeux de sa mère et la mère s'éloignait en souriant d'un sourire hébété, un sourire de folle.

Dans les camps soviétiques, on ne connaît pas ces horreurs ; mais eux-mêmes ne sont qu'horreur par leur importance, leur structure solide, leur organisation et le pouvoir de l'état. Les camps soviétiques sont peuplés d'hommes qui, extérieurement, semblent normaux ; mais, à l'intérieur, ne sont que plaies ouvertes".

Pendant ses cinq années de camp, Julius Margolin a écrit trois livres : La Théorie du Mensonge, La Doctrine de la Haine, et De la Liberté. Tous les trois lui furent confisqués et jetés dans la boue. Il écrivait sur le mensonge au milieu du mensonge, sur la haine au milieu de la haine, et sur la liberté alors qu'il était enfermé, en détention. Alors, dès qu'il fut sorti, son seul désir fut de réécrire un livre et de témoigner. Les autres livres avaient été détruits, il fallait en faire un autre. Et comme il le dit si bien, "de même qu'un nouvel amour ne peut remplacer celui que la mort a fait disparaître, un livre est irremplaçable… Au milieu de la cour de la prison de Vologda, j'ai voué une haine éternelle à ceux qui tuent les livres. Malheur au pays où l'on tue les livres !"

Depuis qu'il était libre, Julius Margolin vivait au bord de la mer, avait de quoi manger, personne pour le surveiller, et chaque jour à l'aube, vers quatre heures en été et six heures en hiver, à l'intérieur de lui-même, la sirène hurlait l'appel au travail dans des milliers de camps dissimulés sur l'espace infini, de l'Océan Arctique à la frontière chinoise, de la Mer Baltique à l'Océan Pacifique.

Ce livre, que je vous invite à lire, ne remplira pas sa mission s'il ne transmet le sentiment vivant de la réalité des camps qui existent, aujourd'hui comme hier.

Il ne faut pas se tromper, dit Julius Margolin, il ne faut pas confondre les camps soviétiques avec ceux de Hitler. « Il ne faut pas excuser les camps soviétiques parce que Auschwitz, Majdanek et Treblinka furent pires. Il faut se rappeler, les usines de mort de Hitler n'existent plus, elles ont passé comme un cauchemar et sur leur emplacement s'élèvent les monuments au-dessus des tombes des victimes, mais aujourd'hui, il y a encore et toujours des goulags, tends l'oreille, et tu entendras comme moi, chaque matin à l'aube, venant de loin : debout !"

Ce livre est écrit pour la défense de millions d'êtres enterrés vivants. Lisez-le.

P. de B.