3 avril 2011

La rumeur, de Philippe Renaut, scénariste, et David Barou au dessin ; La boîte à bulles, 2008, 12 euros 80








Là, vêtu de noir, chapeau haut de forme, quelqu’un marche seul une route, puis une rue (image 1) ; sans un mot tout le long du récit, jusqu’à la falaise (image 4) ; la bande dessinée suit le cheminement du personnage principal (et seul), dans le continu du décor et des paroles et paroles et paroles, tout au long des pages à l’italienne, le personnage y étant redessiné un peu plus loin et encore ; d’autres au fur et à mesure se joignent à lui, ou le quittent, tout le monde est redessiné dans le même décor : et d’où vient-il, où va-t-il ? ;


lui ne parle à personne et ne voit personne, il n’est qu’un dessin ; mais autour de lui, tout le monde s’en inquiète, l’apostrophe, et l’imagine, est dessiné et se déplace au haut et au bas dans la suite de l’image les gens et leurs lieux : sans cesse le groupe s’agrandit des gens qui suivent l’homme providentiel, le politicien haï (image 2); tout le monde parle sauf lui, sauf le décor, et un vide grandissant des paroles, de la parole (« la situation est si grave que çà », images 3) ;

enfin, au devant de la foule, celui qui n’a rien dit mais qu’on croyait écouter saute du haut de la falaise. Le dessin suit un seul et même plan, mais avec des mouvements presque imperceptibles, et immobiles, de la « caméra »; dans un même décor, le film d’une « longue marche », le récit place sa suite de cases invisibles, disant et illustrant (et dans le format à l’italienne) la même on dirait monotone même scène ; mais il y a les invisibles cases, les scènes au haut et au bas du dessin, cases annexes, où on peut venir et lire, s’installer, d’où revenir dans la suite ininterrompue et interrompue de la bande : les immobilités de la bd (ici une même case, suite de cases, suite de cases annexes…), nos allées et retours de lecture, sont le mouvement, l’image et le mouvement, le dessin dans les bulles et le silence et le dessin des paroles.

Après le blanc d’avant le récit, après le blanc et le noir des bulles, le noir sous la falaise, (disparition du personnage noir, inconnu, dans le noir) (images 4 )

J’acques Estager