31 janvier 2011
Jean-Paul Krassinsky est l'auteur de Le singe qui aimait les fleurs, c'est inoui. Cette bande dessinée a été éditée en 2007 par Dargaud, collection
21 janvier 2011
Une bande dessinée:Blood Song: une ballade silencieuse par Erik Drooker, éditions Tanibis, 2010
2 janvier 2011
Même pas de Claudine Bohi, éditions Le bruit des autres, déc. 2009, 112 pages, 12 Eurs.

Un livre de rupture tranchant avec les précédents. Un livre de deuil, le livre de l’absence
vient cette main
qui se tient
absente
ne vient pas
du vide insupportable à vivre
vivre sans
c’est possible
possiblement pas
La citation de Claude Ber mise en exergue
j’ai fait un effort de clarté comme
sachant qu’il allait falloir aller dans la plus grande nuit
qu’il allait falloir accompagner la traversée de la plus grande nuit
donne espoir d’une éclaircie. Or, point d’éclaircie dans ces textes aux vers ramassés, comme recroquevillés sur eux-mêmes, traces de larmes sur le papier (même si
pas pleurer
pas parler
se taire à oublier
assemblés en sept courtes parties, séparées les unes des autres par une page blanche, un besoin de pause, de silence, parmi ces mots pourtant rares, mais bâillonnés
il y a un bâillon
à l’intérieur
du sens
aux
phrases perdues
égarées
éparpillées
et
cassées bancales
très impossibles
Seul mais
très en dessous très bas
un bleu pourtant
en dehors
et venu par où ?
La couverture aurait dû porter en titre : Même pas, suivi de On n’en peut plus, tant l’écart formel mais non de fond est énorme entre les deux textes qui composent ce recueil.
Dans On n’en peut plus, sur 26 pages, la parole reprend sa place, toute sa place, commençant presque en douceur, par un texte de 14 vers courts de 6 à 10 syllabes, mais qui pose d’entrée la situation :
on a la nuit entre les deux
le bleu gommé partout introuvable
on cherche encore avec les yeux (…)
pour finir sur les dernières pages presque débordant du cadre, et en arriver à ce constat :
on n’en peut plus du tout on n’en peut vraiment plus.
Entre les deux, un flot ininterrompu, même si la mise en forme donne à lire un poème par page, disant le chagrin de vivre
où est né ce chagrin on ne sait pas d’où
il vient (…)
le faux-semblant de vivre
(…) on grelotte
sans cesse mais ça ne se voit pas on peut
encore sourire ne rien montrer on fait
semblant (…)
l’impossible lien à l’autre
on est séparé on est seul on a beau se cherche
se trouver se coller rapprochés emmêlés se prendre
l’un dans l’autre on est séparé toujours on sent
la différence la frontière chacun son territoire (…)
Texte sombre s’il en est, désespérant de l’espèce humaine, de l’humaine condition. Là encore, point de clarté. Mais texte lumineux dans son rythme, sa construction même, où le vers rompt la phrase, obligeant à poser, à recomposer le texte, le flot de paroles, donc à se rendre attentif. Un texte à dire à voix haute, dont un(e) comédien(ne) devrait un jour s’emparer, pour en restituer toute la force contenue.
Et l’on se dit que dans cette nuit
Oubliée
sur sa corde
séchant
dans ce noir
si fort partout
dans ce silence dans lequel
on ne cherche pas de réponse on n’en demande
plus
c’est l’écriture même qui est cet effort de clarté visé, espéré par la poète.
L’écriture qui seule permet de dire la douleur, le gouffre, puisque
vivre
est ce trou
Jacques Fournier
23 décembre 2010
Jacques Moulin Escorter la mer, éditions Empreintes (Moudon - Suisse), 2005, 114 pages, 17,40 € Archives d’îles, éditions L’arbre à paroles (Amay - B

Chaque moulin cherche sa route de vent d’eau et je mets la mienne en Caux.
Dans Escorter la mer, le poète, qui a quitté le Caux pour l’Alpe, évoque son pays, celui dit de Caux (C’est quoi qu’elle dit du Caux tout haut assise sur sa langue ?), par le paysage : falaise (J’ai la falaise au ventre. Sa peau déchire mes veines dans la nuit des silex), valleuse (Valleuse voulue d’en bas goulue d’éboulis raides), grève (je remonterai ta grève jusqu’à t’élire mignardement), usant du singulier pour bien montrer leur unicité ; mais aussi par les paroles, idiomes (douillon, poire du coq - au pays on dit co -, valleuse, taiseux), jusqu’à un glossaire, qui donne sens aux mots par l’exemple (Galet : prenez et lancez car ceci est la faille des mers) ou la définition décalée (Cresson : une réplique d’algue courte sous la fourchette), et citations et convocations (Malherbe, Montaigne, Flaubert, Maupassant, Fontenelle, Ponge,..) tout cela pour simplement parler des gens du pays, la grand-mère et sa salade défaite, la mère qui a de la craie dans l’œil, le père mort de la violence du monde, les bonnes et la passante.
Caux est largement dit, en longs textes de prose, comme en urgence, dans une partie introduite par un rondeau (La Manche et l’Andelle / Font pays de Caux), le poète rendant ce qu’il leur doit aux poètes qui dirent avant lui ce pays.
Se tournant alors vers la mer (c’est à main nue qu’on entre dans la mer), le poète clôt le livre sur un cycle titré Phares, qui fait le lien avec les pays des phares que sont les îles (il faut / Croire / Aux îles / Sans contours), matière première d’Archives d’îles : On ne peut jouer à cache-phare.
La riche langue de Jacques Moulin n’a de cesse de rebondir de son en son (Il faut que je cause de tout mon soûl de mon Caux que je case mon Caux tout mon Caux à toutes mes sauces d’eau (…) ; la zone portuaire mortuaire ; le phare a un pied mont qui le montre plus haut, etc.). Les phrases roulent leurs galets de mots comme le font les vagues venant mourir sur la grève, mouvement d’autant plus perpétuel quand disparaît la ponctuation dans toutes les proses de la partie Caux, la majuscule seule marquant l’arrivée de la vague suivante.
Archives d’îles s’apparente plus à un journal de voyage. La langue est posée, apaisée presque, moins ludique que dans Escorter la mer, mais tout aussi riche. Le poème est vers court ou prose, en alternance sauvage, comme alternent sur les îles les paysages, champs de choux-fleurs, landes, grèves, roches, hameaux, îlots,…
Dans Archives d’îles, le poète n’est plus en sa Normandie natale, mais chez sa sœur la Bretagne et en quatre de ses îles : Sein plancher bas. Radeau. Campagne rase. Lacune ; Batz, champ de terre contre brassée de mer ; Bréhat, une île offrant aux oiseaux une cage ouverte, et Ouessant (Nous ne voyons pas le sang battre en nos corps, mais nous le sentons, fouettés que nous sommes, plein ouest sous des ciels de gloire).Le poète ne peut se contenter de dire les paysages, terre et mer, nous le suivons, je ou nous, pas à pas, jour après jour (Ouessant est un journal de six jours), découvrant l’île en ses diverses composantes pour dire sa place d’homme au cœur du monde, d’un monde à soi seul (Comme le phare, prendre acte des quatre points cardinaux, ouvrir l’œil pour enfermer l’île).
Deux ouvrages complémentaires, à lire comme un tout dans l’œuvre d’un poète rare et attachant.
Jacques Fournier
17 décembre 2010
7 décembre 2010
« Kiss the past hello », Larry Clark au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris/arc Exposition interdite aux moins de 18 ans

Je ne suis pas photographe, je suis sensible à la photographie. Il faut « dire bonjour au passé »…j’y fus donc. Pas tellement choqué, pas tellement transporté.( On ne m’a pas demandé ma carte d’identité à l’entrée, dommage, mais on la demandait aux jeunes ). C’était l’heure du déjeuner il n’y avait pas la queue dehors. Bon, ces photos m’ont semblé assez anodines en leur facture, les modèles du photographe en général tous beaux et sveltes. L’ensemble est plutôt triste ( la chair est triste hélas…). La thématique transgressive plutôt éculée sans grande originalité. L’ensemble de l’exposition cohérent et les sexes un peu mous. Les hommes très souvent présentés « en totalité » et les femmes fréquemment « en morceaux », pour changer. De très belles images de couples en amour, celles qu’on a vues dans les journaux étaient de loin les plus justes.
Bien sûr cette exposition n’est pas faite pour les moins de dix huit ans mais, à tout prendre, elle est plutôt moins provocante que beaucoup de films interdits aux moins de treize ans.
Il faudrait accorder les violons de notre morale à géométrie variable.
Peu d’images m’ont choqué, le sexe est-il encore choquant ?
Pourtant, j’ai été saisi par une photo qui faisait partie d’un collage /assemblage représentant une femme, enfin un orifice féminin, dont, de loin, on ne savait pas distinguer s’il était barbouillé de sang ou de merde.
L’origine du monde couverte d’excréments. On est pris d’effroi, de questionnement sans doute aussi, car la merde fait encore peur.
« Là où ça sent la merde, ça sent l’être » disait Antonin Artaud.
Pour cette photo et cette photo seule je n’ai pas regretté d’avoir franchi le seuil de ce temple de la « branchitude ».
Paul de Brancion

